La Maison des étoiles
Située au 10 Rue du Silence, la Maison des étoiles est l’une des institutions les plus importantes de la Cité de Minuit : c’est elle qui recense les nouveaux types de secondes, de minutes ou d’heures qui apparaissent de temps à autre. Les Maîtres Astronomes se chargent ensuite de les étudier et de les comprendre, de mettre au point des instruments afin de les mesurer, et de mettre à jour les calendriers de la Cité.
Aujourd’hui, la Maison est dirigée par Hila, Première Astronome, une Nocturne qui semble avoir traversé les ères sans que le Temps parvienne à la rattraper. Elle était là quand la Cité s’est dotée de l’horloge céleste, création d’Albin Cérulea afin de faire tourner la ville sur elle-même ; elle était là quand le Temps faussé s’est emparé des rues et de leurs habitants. Elle est encore là, à présent, à observer le Temps et les dégâts de l’Antéminuit sur la grande Horloge.
Elle vit dans la Maison, entourée de ses instruments en panne, de ses machines inachevées, veillant jalousement sur l’Observatoire qui conduit directement au ciel, à la portée des étoiles. Elle ne reçoit personne, ne sort jamais, se contente d’écouter le chant des constellations. L’histoire de la Danseuse, le navire parti il y a des siècles à la recherche d’une autre terre, la fascine : Hila connaît le récit de cette épopée par cœur, et elle collectionne les objets qu’on a retrouvé dans la carcasse du bateau échoué dans le désert. Verre ouvragé des fenêtres, fragments d’oneirium reforgé, papiers… La Première Astronome les conserve jalousement dans le sous-sol de la Maison, avec des maquettes d’oniropostale et d’autres véhicules chimériques, comme si elle rêvait depuis toujours de partir elle aussi, de quitter la Cité de Minuit.
Astrophilie
Extrait du journal d’Anselme Nera :
Il est de notoriété publique que tous les Nocturnes sont atteints de cette étrange maladie qu’on appelle l’astrophilie. Moi-même suis-je victime de ce mal qui ne fait pas souffrir, sinon le cœur, martyr d’un vague à l’âme poignant.
C’est un mal qui ne s’explique pas et qui, si l’on n’y prend pas garde, nous prend tout sens de la mesure. Les pieds sur terre et la tête dans le ciel, toujours, comme s’il existait des routes que nos yeux ne peuvent voir, que notre âme cherche telle une bête assoiffée. Chercher les étoiles des yeux, garder leur lumière sur nos rétines, explorer les confins…
Pour la plupart d’entre nous, cette affliction nous plonge seulement dans un océan de rêverie qui rend notre regard un peu perdu, un peu ailleurs. Les symptômes ne sont pas graves : étourderies, oublis, maladresses, rien d’extraordinaire !
Mais pour d’autres… Les malades les plus graves s’égarent dans les méandres de leurs esprits en quête d’ailleurs, au point parfois d’oublier de vivre. Ils construisent des machines singulières, perdent le contact avec leurs proches et partent même, parfois, sans qu’on les revoie.
Hermès était atteint de cette maladie. Algorab aussi, tout comme Rhun. Tant de mes amis ont disparu, avalés par cette ivresse des étoiles… Et si je les ai pleurés, je crois qu’en réalité, ils se trouvent à l’endroit où ils rêvaient d’être.
Pas ici. Ailleurs.














