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Rue de Minuit

Lieu : Atelier

Mon amie, ma confidente, ma partenaire dans le crime, sache que je ne t’ai pas oubliée. Ces derniers jours furent animés, car j’ai dû préparer ma prochaine exploration, et crois-moi, ce ne fut pas de tout repos.

Anavol a refusé que je parte. Il n’a pas signé le visa qui m’aurait permis de prendre la mer. J’ai quand même négocié ma place dans le navire de ce cher Agénor, mais comme le Régent se doute que je ne lui obéirai pas, il me fait surveiller. Crois-tu cela ? J’en ai surpris un en train de consulter mes registres à la Confrérie des Peintres ! Et quand je l’ai confronté, quand je lui ai demandé ce qu’il voulait, il est parti sans demander son reste. J’ai peur que mon courrier soit ouvert, à présent. C’est pourquoi je ne te parlerai pas de ma destination.

Tu sais, j’aurais tant aimé pouvoir t’en dire plus. Je le ferai lorsque je reviendrai. Je te raconterai l’histoire, et tu découvriras le plus grand trésor qui soit. Car oui, ça y est, j’ai trouvé le bleu qui m’échappait tant. J’ai trouvé mon graal !

Lis bien ceci : si je ne reviens pas, ne me cherche pas. Ne prends pas ce risque. Les contrées dans lesquelles je me rends sont dangereuses pour les Nocturnes, et je refuse que tu te mettes en péril afin de ramener le vieux fou que je suis. Dans cette éventualité, tu sais que mes secrets se trouvent à l’abri, et tu sais aussi où les trouver.

Ah, mon rêve va devenir réalité, Ophildée. Je ne peux pas être plus heureux.

Si le démiurge le veux, nous nous reverrons très bientôt, je l’espère,

Hérold.

Quelque chose titille Mara à la lecture de cette lettre.

Elle sent la présence de secrets. De mystère. De ce qu’Hérold a voulu dissimuler au Régent Anavol. Que ce dernier l’ait espionné pour l’empêcher de partir surprend l’Artisane… Elle se demande soudain si Hérold n’exagérait pas un peu ses dires.

Quoi qu’il en soit, une intuition prend naissance au fond d’elle, attisée par le marque-page glissé dans l’enveloppe en compagnie de la lettre. S’agissait-il d’un cadeau à l’attention d’Ophildée ? Pourquoi Hérold ne le mentionne-t-il pas, alors ? L’image représente la coupole d’un observatoire ; or, la Confrérie des Peintres s’est installée dans un ancien observatoire, que la Maison des Étoiles a abandonné avant de s’installer ailleurs.

Et si les secrets dont parle Hérold se trouvaient là-bas ? Et si la clef du mystère pouvait se lire dans les bleus qu’il a rapportés à la Confrérie, conservés dans leurs collections ? Ophildée prétend qu’il en cherchait plusieurs, avant de disparaître. Et s’il avait eu le temps de les déposer au musée ?

Et s’il avait communiqué à son amie la clef du mystère ?

Mara examine de nouveau la lettre. Cette clef s’y trouve, elle en est certaine.

Quelle est cette clef, à votre avis ?

Examinez bien la lettre. Qu’est-ce qui saute aux yeux ?

Sur la lettre, les premières lettres des paragraphes apparaissent en gras. Ils forment le mot ATLAS.