9 Rue de Minuit
Lieu : Atelier de la Rue de Minuit
Vous voilà à l’entrée de la Rue de Minuit. Et quelle surprise !
Vous vous imaginiez une rue commerçante, avec de nombreuses échoppes et ateliers, des passants et des artistes, des étals sur les trottoirs, mais un tout autre décor s’offre à vous, celui d’une ruelle qui serait plongée dans le noir sans son unique réverbère allumé et ses centaines de bougies aux flammes bleutées sur le rebord des fenêtres.
Des fenêtres inhabitées, constatez-vous. Des maisons désertes, des boutiques abandonnées, des fissures sur les murs et des vitres brisées. Çà et là le long des façades, de hautes roses trémières aux pétales bleus dodelinent de la tête sous une douce brise ; les vitrines donnent sur l’obscurité, ou parfois sur des vestiges de marchandise oubliées par leurs créateurs, abat-jour de guingois, inquiétantes sculptures à l’effigie de créatures mythiques, bijoux ternis par le temps.
La Rue de Minuit est abandonnée. Et pourtant, vous vous y sentez mystérieusement attiré, parce que la beauté des lieux vous frappe malgré tout. Dans son dénuement et son délabrement, il y a quelque chose, un éclat poignant.
— L’élégance des bris de verre, vous dit quelqu’un près de vous. C’est une magie ancienne que peu d’entre nous comprennent. Mais il ne faut pas chercher à la comprendre, il faut simplement l’admirer.
C’est un Nocturne, qui vous sourit comme s’il venait de retrouver un ami très cher. Sa peau sombre luit à la lueur du lampadaire, tout comme ses yeux aux iris dorés. Il porte un beau costume bleu nuit et un chapeau haut de forme assorti, tous les deux ornés de fils d’or.
— Je m’appelle Hélarion, poursuit le Nocturne, et je suis votre guide au cœur de cette drôle de ruelle qui, je n’en doute pas, doit vous paraître si étrange.
Hélarion s’interrompt le temps que d’autres visiteurs comme vous s’approchent, formant un petit groupe sous le réverbère. Des papillons aux ailes azur tournent autour de la source de lumière.
— La Rue de Minuit est une des rues les plus secrètes de la Cité, reprend le guide d’une belle voix grave. Elle n’apparaît pas toujours sur les cartes ; elle se plaît à jouer à cache-cache, au point que des Nocturnes la manquent parfois. Vous pouvez constater que presque tous les commerces sont fermés, ce qui s’explique par une dégradation toujours plus importante suite aux multiples épreuves que notre belle ville a subi. La plupart des maisons et échoppes que vous voyez ici ont été reconstruites, après avoir été réduites en sable noir.
Tout en discourant, Hélarion se déplace, aussi gracieusement qu’un danseur. Il désigne d’un geste l’unique commerce encore ouvert : une porte et des fenêtres bleues au style Art Nouveau, des bijoux et autres objets derrière les vitres, et une enseigne en onéirium forgé qui indique « Atelier de la Rue de Minuit ».
— Cette boutique est une miraculée, indique Hélarion. Sa propriétaire est une Artisane : elle fait partie d’une caste particulière capable de créer des objets magiques ou signifiants pour la Cité de Minuit. Des clefs, des artefacts, des parures… Elle est scribe, également, attachée à relater les événements passés et futurs de notre histoire. Et aujourd’hui, vous avez le privilège de visiter son atelier.
Des murmures s’élèvent du petit groupe d’Onironautes, entre excitation et joie. Vous suivez le mouvement lorsque Hélarion vous invite à le suivre jusqu’à l’atelier.
À la porte de celui-ci, une Nocturne aux longs cheveux noirs et à la robe bleu gris vous attend, un sourire mystérieux sur les lèvres comme si elle possédait un secret des plus importants. Sa vêture s’orne de broderie au singulier motif d’épines.
— Je vous souhaite la bienvenue dans mon atelier, s’adresse-t-elle à vous, la voix si douce qu’il vous faut tendre l’oreille. Mais avant de vous laisser entrer, je dois vous poser une question afin de m’assurer que vous avez pris le temps de connaître notre Cité. Dites-moi : quel est le prénom de celui qui vous souhaite la bienvenue sur une plaque du centre d’arrêvage ?