Les Nébuleuses
Ophildée Lazette était membre de la Confrérie des Peintres : un groupe d’artistes dont le travail était dévolu à la Cité de Minuit.
Ils s’y consacraient à chaque instant. Leurs œuvres n’avaient pour but que de dépeindre leur si belle ville, lui rendre hommage, comme s’ils s’étaient donné la mission de la promouvoir auprès d’étrangers qui ne la connaissaient pas (rappelons qu’à l’époque, le portail vers Ailleurs n’avait pas été découvert, et les visiteurs ne pouvaient pas entrer dans la Cité). Peintures, sculptures, chants, opéras… Chacune de leurs créations portait leurs couleurs, bleu, noir, nuit.
Ophildée, quant à elle, voyait d’autres couleurs. Des couleurs qui n’apparaissaient pas dans les yeux des autres Nocturnes, comme si elle était dotée d’une vision différente de ses semblables. Des couleurs auxquelles il fallait donner des noms, puisque personne ne les connaissait ! C’est ainsi qu’une toute nouvelle palette prit naissance, aux violets enchantés, aux verts étranges, aux jaunes éclatants, aux rouges saisissants…
Les membres de la confrérie regardèrent cette curiosité avec réserve. Ils ne voyaient pas comment leur consœur pouvait rendre hommage à la Cité de Minuit avec de telles nuances, et des disputes éclatèrent. Certains refusèrent qu’Ophildée reste membre de leur groupe ; d’autres plaidaient pour des discutions apaisées.
Afin de trancher, ils se rendirent au bureau d’Anavol, le Régent, et lui demandèrent si peindre la Cité dans d’autres couleurs était un hommage ou un blasphème. Anavol, lui, demanda à la mise en cause si elle voulait représenter la Cité de Minuit dans ses peintures, comme s’il avait perçu le malaise au fond des yeux gris de la Nocturne. Car jusqu’ici, personne ne l’avait laissé s’exprimer…
— Je vois ces couleurs dans le ciel, dit-elle d’une voix rêveuse. Elles se déploient comme si elles dansaient. Et le ciel fait partie de la Cité.
L’affaire fut entendue, Ophildée autorisée à demeurer au sein de la confrérie, et les fâcheux invités à cesser de ruminer.
Une fois chez elle, la peintresse prit un pinceau, une toile vierge, et commença à y déposer ces teintes qui semblaient venir d’ailleurs. Et c’est ainsi que naquirent les nébuleuses…
Quelques Nébuleuses
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