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Lettre aux Onironautes

Lieu : centre d’arrêvage

Il est des lieux que l’on ne peut décrire, Onironaute. Les terres que tu foules sont de celles qui n’ont pas d’origine, leur naissance enfouie sous des passés sans fin. Mais laisse-moi t’accueillir malgré tout, car si la Cité possède quatre portes, chacune située à distance égale selon les points cardinaux, elle refuse de les garder fermées pour qui que ce soit.

Un jour, on m’a demandé : « mais qu’est-ce que la Cité de Minuit, après tout ? » et même si j’y suis né, même si j’y vis depuis le tout premier jour, perdu dans ses courants de temps mystérieux, je n’ai su que répondre. Une ville, oui, faite de rêve et posée sur le rêve ; une horloge qui tourne de travers ; le songe de quelqu’un qui a voulu dire quelque chose mais dont le nom et l’intention ont disparu dans la Nuit.

« Ce ne sont pas tes propres réponses », a souri mon amie, et j’ai réalisé qu’en effet, je donnais les réponses des autres.

Qu’est-ce que la Cité de Minuit, pour moi ?

La fragile mécanique d’un cœur qui vit. Les espérances de tout un peuple qui a traversé tant d’épreuves qu’ils auraient pu se briser, et qui ne l’ont pas fait. Un trésor qui brille sous la lune. Un cimetière de regrets et d’actes manqués. Un refuge pour toutes les âmes en quête d’émerveillement et de beauté. Une histoire qui ne se termine jamais. J’étais présent lors de chaque cataclysme qui a secoué notre ville, et tout ce que j’y ai vu, c’était le courage dans les yeux des Nocturnes, parce qu’ils savaient que ce n’était pas la fin.

L’on croit que les fins n’existent pas en ces lieux, Voyageur du Rêve, mais elles existent bel et bien. Ne les écoute pas ; n’écoute pas les fins murmurer à ton oreille, vis en ces lieux comme si tu étais éternel, et toi aussi, peut-être, tu découvriras les secrets qui se cachent sous le sable du désert.

Lettre aux Onironautes, par Rosarius Argélias (an 453 de l’ère d’Oyra)